{"id":88,"date":"2024-09-05T10:39:14","date_gmt":"2024-09-05T10:39:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.genealogie.herve-bennezon.com\/?p=88"},"modified":"2024-09-05T10:39:14","modified_gmt":"2024-09-05T10:39:14","slug":"francois-cauconnier-1654-1720-jardinier-a-montreuil-au-temps-du-roi-soleil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/?p=88","title":{"rendered":"Fran\u00e7ois Cauconnier (1654-1720), jardinier \u00e0 Montreuil au temps du Roi Soleil"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"block-abd9c304-a68a-45b3-b974-f91d264b8f4f\">Dans la foul\u00e9e de ma th\u00e8se de doctorat sur la vie rurale \u00e0 l\u2019ombre de Paris, r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 2017 aux \u00c9ditions Les Indes savantes sous le titre <em>Montreuil sous le r\u00e8gne de Louis XIV<\/em>, voici la br\u00e8ve pr\u00e9sentation d\u2019un jardinier d\u2019ornementation des parcs des ch\u00e2teaux des nantis parisiens retir\u00e9s au vert, \u00e0 Montreuil-sur-le-Boys-de-Vincennes, d\u00e8s les ann\u00e9es qui ont suivi les horreurs de la guerre civile, pendant la Fronde (1648-1653).<\/p>\n\n\n\n<p>Le jardinier arboriculteur Fran\u00e7ois Cauconnier, n\u00e9 en 1654 \u00e0 Montreuil, est un bon exemple de ces paysans franciliens qui adoptent un mode de vie tr\u00e8s original dans les campagnes du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En rupture avec la tradition, son univers mat\u00e9riel est connu gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019inventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s de Nicolle Lardin, sa femme, dress\u00e9 en 1696. On sait aussi que ce membre de la communaut\u00e9 des habitants de Montreuil en 1699, par ailleurs procureur syndic, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9quivalent du maire, est un personnage tr\u00e8s influent qui s\u2019est enrichi dans le commerce du vin et des fruits. Fils d\u2019un laboureur, il a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 sur les fonts baptismaux de l\u2019\u00e9glise de Montreuil par l\u2019organiste de la paroisse voisine Saint-Leu-Saint-Gilles de Bagnolet. Par la suite, son parrain lui a transmis ses connaissances musicales et Fran\u00e7ois Cauconnier \u00ab\u00a0touche les orgues\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9glise Saint-Pierre-Saint-Paul de Montreuil moyennant une rente annuelle non n\u00e9gligeable de 50 livres, le prix de deux bonnes vaches laiti\u00e8res, acquitt\u00e9e par les marguilliers du village. Domicili\u00e9 avec sa femme et son fils unique dans une maison de la rue Marchande, voie la plus belle et la plus proche de Paris, sa demeure comporte trois pi\u00e8ces et plusieurs d\u00e9pendances.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un des tr\u00e8s rares Montreuillois \u00e0 porter une veste<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;utilisation de chacune des pi\u00e8ces est sp\u00e9cialis\u00e9e, ce qui permet l\u2019existence d\u2019une forme d\u2019intimit\u00e9 rare dans les campagnes du temps. \u00c0 l\u2019occasion, le couple Cauconnier parade au village. L&rsquo;armoire de leur chambre renferme en effet des ensembles vestimentaires particuli\u00e8rement originaux, tant par la valeur que l&rsquo;aspect. Ainsi, l\u2019analyse fine de 173 inventaires apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s pass\u00e9s \u00e0 Montreuil entre 1676 et 1699 permet de savoir que le jardinier \u00e9tait l&rsquo;un des tr\u00e8s rares Montreuillois (avec le marchand boucher Guillaume de Vitry et le tailleur d\u2019habits Denis Richer) \u00e0 porter une veste, ray\u00e9e de surcro\u00eet, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9, pour les paysans, les rayures \u00e9voquaient le Malin. Son chapeau a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9 4 livres, \u00e9quivalent \u00e0 une semaine de salaire pour un vigneron du cru. Fran\u00e7ois Cauconnier portait au cou une cravate de toile fine, quant \u00e0 Nicolle Lardin, sa coquette \u00e9pouse, elle rev\u00eatait un \u00ab\u00a0corps\u00a0\u00bb [corsage] de drap rouge et une jupe rouge sur laquelle elle nouait un tablier agr\u00e9ment\u00e9 de dentelle blanche. La jeune femme accumulait de nombreuses pi\u00e8ces de menu linge garnies de dentelle. Dans la chambre \u00e0 coucher, pr\u00e8s d\u2019une armoire d\u2019utilisation r\u00e9cente (dans les int\u00e9rieurs ruraux, les armoires commen\u00e7aient doucement \u00e0 d\u00e9tr\u00f4ner les coffres) tr\u00f4nait \u00ab\u00a0une montre servant de r\u00e9veille matin et garnye de ses monumens\u00a0\u00bb, une magnifique couche \u00e0 hauts piliers entour\u00e9e de neufs pans de lit rouges \u00e0 franges pris\u00e9e 80 livres.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean, leur fils de huit ans, occupait la seconde chambre. Il dormait dans une couche \u00e0 bas pilier, meuble d&rsquo;utilisation peu fr\u00e9quente au village que l\u2019on retrouve plut\u00f4t mentionn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans les inventaires patrimoniaux parisiens. L&rsquo;originalit\u00e9 de la cuisine r\u00e9sidait en l\u2019utilisation d&rsquo;une chevrette, ustensile qui commen\u00e7ait \u00e0 concurrencer la cr\u00e9maill\u00e8re dans l\u2019\u00e2tre des chemin\u00e9es. Pour les repas, trois chaises paill\u00e9es \u00e9taient dispos\u00e9es autour d&rsquo;une table ronde en sapin\u00a0; ici le mobilier n\u2019avait rien d\u2019original. Cependant, la famille cachait un v\u00e9ritable tr\u00e9sor compos\u00e9 de 800 livres en Louis d&rsquo;or et en \u00e9cus blancs (\u00e9cus d\u2019argent de 3 et de 6 livres), des bijoux (quatre bagues en or, une bague en or garnie d&rsquo;une turquoise et une croix d&rsquo;or notamment). L&rsquo;argenterie recelait 14 fourchettes. Issu d\u2019une famille de laboureurs montreuillois, un tel couple b\u00e9n\u00e9ficiait clairement de la proximit\u00e9 des \u00e9lites parisiennes. Sa r\u00e9ussite sociale hors du commun aura certainement incit\u00e9 d&rsquo;autres villageois, vignerons et laboureurs, \u00e0 proposer leurs services aux Grands de ce monde en commen\u00e7ant par exemple \u00e0 produire les p\u00e8ches de Montreuil, r\u00e9put\u00e9es dans le royaume d\u00e8s la fin du r\u00e8gne de Louis XIV.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la foul\u00e9e de ma th\u00e8se de doctorat sur la vie rurale \u00e0 l\u2019ombre de Paris, r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 2017 aux \u00c9ditions Les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-88","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-inconnus-des-archives"],"featured_image_src":null,"featured_image_src_square":null,"author_info":{"display_name":"Laurent","author_link":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/?author=1"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/88","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=88"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/88\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":89,"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/88\/revisions\/89"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=88"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=88"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.herve-bennezon.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=88"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}