Volontaires de la 7e compagnie du 6e Bataillon de la Somme natifs du village d'Hangest-en-Santerre (1792-an IV)

 

 

Nom

Grade

  Taille

Destin

Bennezon Benoît

Fusilier

1772

160

Mort entre 1796 et 1799

Bennezon Toussaint

Caporal

1767

171

Réformé en décembre 1792. Mort à Hangest en 1847

Benoist Adrien

Fusilier

1775

174

Marié à Hangest en 1798. Mort à Hangest en 1855

Benoist Dominique

Capitaine

1768

176

Marié à Hangest en 1797. Mort à Hangest en 1847

Benoist Martin

Caporal

1772

154

Marié à Hangest en 1797 Mort à Hangest en 1838

Boisset Mathurin

Fusilier

1774

168

Marié à Hangest en 1803. Mort à Hangest en 1837

Caboche Jacques

Fusilier

1773

165

Tué le 6 juin 1795

Caboche Pierre

Sergent-major

1773

168

97e demi-brigade en l’an 5

Charpentier à Hangest en l’an 8

Capitaine retraité à Hangest en 1819

Mort à Montdidier en 1850

Cailleux Honoré

Sous-lieutenant,

lieutenant

1744

 

Mort à l’hôpital de Fougères, 30 octobre 1794

Cavenel Edouard

Fusilier

1771

 

Mort à l’hôpital de Rennes, 1er novembre 1794

Censier François

Fusilier

1771

170

A Hangest en l’an 3. Mort à Hangest en 1835

Darvillers François

Caporal

1767

 

En congé absolu en 1795. Mort à Hangest en 1832

Dehengny Antoine

Sous-lieutenant

1774

172

Destitué, rayé en 1795

Delaplace Claude

Fusilier

1772

 

Déserteur le 26 janvier 1793

Delaplace Etienne

Grenadier

1776

175

 

Delaporte Pierre

Sergent

1774

171

 

      Delaruelle Jean-François

Caporal

1773

 

Tué à Machecoul le 2 décembre 1794

Demal Dominique

Fusilier

1776

171

Mort domestique à Lachelle (Oise) en l’an 7

     Demorsy Jean-Baptiste

Fusilier

1766

166

68e demi-brigade de ligne en l’an 5. Déserte le 18 frimaire an 5

Denizart Ambroise

Grenadier

1774

172

Réformé le 15 mars 1794

Desachy François

Fusilier

1776

176

Remplacé le 2 fructidor an 8. Mort à Hangest en 1834

Desachy Noël

Caporal, sergent

1756

173

Mort à Hangest 16 décembre 1833

    Fournet Jean-Baptiste

Fusilier

1760

182

     Déserteur le 8 février 1793, marié à Hangest en 1796

Leroux Amand

Caporal-fourrier

1774

171

Sergent en 1796 au 68e de ligne en l’an 5

Morel Benoît

Fusilier

1768

 

Mort à l’hôpital de Cherbourg le 8 septembre 1793

Morel Jean-François

Fusilier

1775

162

Passé au 17e bataillon des Fédérés en 1793

Pouillet Louis

Fusilier

 

 

Mort à l’hôpital de Fougères le 18 novembre 1794

Revel François

Canonnier

1776

169

    Blessé au siège de Granville, réformé le 21 février 1794. Mort à Davenescourt en 1851

     Ricbourg Jean-Baptiste

Caporal

1774

 

 

Soyer Adrien

Sergent

1773

170

Tué en l’an 4

Soyer Grégoire

Sergent chasseurs

1771

178

Marié à Hangest en 1798. Mort à Hangest en 1849

Soyer Pierre

Grenadier

1775

174

Mort à Hangest en 1806

Tardieu Pierre

Fusilier

1775

 

Mort à l'hôpital de Rennes le 9 octobre 1794

     Tronquez Jean-Baptiste

Grenadier

1767

 

Mort à l’hôpital de Bad Bergzabern en 1797

Wable Jean

Grenadier

1776

174

Marié à Canny en 1808 ; Mort à Canny-sur-Matz (Oise) en 1847

Wable Jean-Baptiste

Canonnier

1777

170

Mort au bagne d’Anvers en 1812

Wable Pierre

Fusilier

1767

 

Mort à l’hôpital de Rennes le 20 novembre 1794

 

 

 Le siège de Granville le 14 novembre 1793 selon Jean-François Hue

 

La guerre civile dans l'Ouest

Les volontaires républicains du 6e Bataillon de la Somme

Par Hervé Bennezon

 

   Le destin de nombreux français a basculé pendant la période révolutionnaire. Dans maints villages, la jeunesse s’est engagée en masse pour défendre la République et ses acquis, et pour repousser l’invasion étrangère. Pour retracer le périple d’un groupe de volontaires picards, j’ai utilisé le corpus suivant : registres paroissiaux et minutier du village d’Hangest-en-Santerre (Somme), documents de la série L des Archives départementales de la Somme à Amiens, registre de recrutement du 6e Bataillon de la Somme (SHD à Vincennes).

 

   Le 13 octobre 1792, les officiers municipaux d’Hangest-en-Santerre, dans la Somme, ceints de leurs écharpes tricolores et accompagnés de soldats et du commissaire Amand Leroux, s’installent sur la place de l'église, devant l’arbre de la Liberté planté il y a peu. Républicain convaincu, ancien sergent-major au régiment de Blaisois, Leroux est natif d’Hangest et son discours à la gloire du nouveau régime est bien accueilli par les villageois, venus en masse, car en ces temps de Révolution, on s'informe de l'actualité. Les patriotes prennent la parole, disant en substance ceci : « Nous sommes libérés de la tyrannie, mais les Autrichiens ont violé nos frontières pour y rétablir les aristocrates, ils sont à moins de quarante lieues, volons au secours de la République ».

   A Hangest, chacun connaît déjà la situation à la frontière ; les mouvements de troupes empruntant la Chaussée, longue voie menant à Amiens et plus loin, au Nord, sont de plus en plus fréquents. Au reste, Pierre Demorcy, lui aussi Hangestois, promu lieutenant au 3e Bataillon des Chasseurs à cheval, est venu passer quelques jours dans la commune. Il a enflammé les esprits avec ses récits guerriers.

   Trois semaines après la proclamation de la République, trente-huit villageois, soit le quart de la population masculine en âge de porter les armes, signent un engagement au 6e Bataillon des Volontaires de la Somme. Parmi eux se trouve Benoît Bennezon. Comme son cousin, le commissaire Leroux, il est favorable au nouveau régime. Le registre du Bataillon mentionne la taille de la jeune recrue : « quatre pieds onze pouces » (159 cm). C’est un manouvrier de vingt ans, fils d’un maçon et d’une fileuse de laine. Il est analphabète, comme la plupart des ouvriers agricoles.

   Après avoir préparé un baluchon et fait leurs adieux, les soldats se mettent en route. Ils croisent alors d'autres bandes de jeunes gens venus de tout le canton d’Hangest. Eux aussi rejoignent la Garde nationale. Une longue file d'hommes s’étire sur la chaussée menant à Amiens, rendue boueuse par les pluies automnales et les six lieues séparant Hangest de la capitale picarde sont rapidement franchies. La cathédrale apparaît d’abord, puis les faubourgs de la ville et les fortifications qui enserrent la ville. Bientôt les volontaires parviennent aux Feuillants, abbaye confisquée à l’Eglise. Il y a là environ six cents hommes auxquels les représentants de la République demandent d’élire leurs tambours et les gradés. Changement révolutionnaire que l’élection des cadres de l’armée ! Il faudra trois tours pour parvenir à élire Pierre-François Bisson lieutenant-colonel à la tête du Bataillon. Sans doute charismatique, il a fini par s’imposer comme le plus à même de mener les volontaires à la victoire. Le Bataillon comprend huit compagnies et les soldats originaires des villages d’Hangest et d’Arvillers sont versés dans la septième. Ils élisent pour capitaine Dominique Benoist, fils du maire d’Hangest. A 28 ans, l’homme a déjà acquis une certaine expérience dans le métier des armes : c’est un ancien du Régiment du Roi. Un cousin de Benoît, Toussaint Bennezon, est élu premier caporal. Les principales familles d’Hangest, Bennezon, Cavenel, Denizart, Desachy, Wable, comptent des volontaires. Après toutes les nominations, au milieu des applaudissements et des exclamations enthousiastes, le lieutenant-colonel Bisson fait défiler ses troupes dans le plus grand ordre. Tous témoignent du désir de partir au plus tôt voler à la défense de la République.

   Le 30 octobre 1792, le citoyen Garçon père, marchand chapelier à Amiens, fournit les chapeaux des volontaires. Chaque couvre-chef est facturé cinq livres et dix sous, à comparer au salaire d’un ouvrier agricole au même moment, à peine une livre.

   Le 1er décembre 1792, le bataillon est passé en revue. Le départ approche. Les volontaires reçoivent des piques et l’armement des chasseurs est renforcé de cinquante fusils procurés par la municipalité d’Amiens. L’officier chargé de l’escorte des bagages ne décolère pas : deux voitures à deux roues sont bien insuffisantes pour contenir le matériel nécessaire à la subsistance de six cents hommes. Une troisième voiture est finalement réquisitionnée.

   Le 4 décembre 1792, après s'être entraînés à Amiens pendant un mois et demi, les volontaires sont enfin partis. Vêtus de vestes bleues à parements rouges, ils portent des pantalons blancs, parfois rayés de rouge à l’instar de ceux des Sans-Culottes parisiens. Leurs tricornes noirs sont ornés d’une cocarde tricolore. Les hommes sont armés de fusils, de sabres et de baïonnettes et surtout de la « Sainte Pique de la Fraternité », lances en bois fabriquées à Montdidier et à Moreuil (Somme). C'est pourquoi on appelle aussi leur unité le Premier bataillon des piquiers. La route paraît sans doute longue aux volontaires. La plupart n’ont jamais quitté les abords immédiats de leur village. Le bataillon fait d’abord halte à la citadelle de Doullens, au nord d’Amiens, mais le repos est de courte durée et la marche reprend, harassante. Lorsque les volontaires parviennent à Lille, ils découvrent la cité dévastée par soixante mille obus autrichiens. Mais Lille va échapper à l’invasion, et les Picards reçoivent un autre ordre de marche.

   Aux mois de janvier et février 1793, le bataillon stationne à Béthune, dans le Pas-de-Calais. Déjà cinq jeunes d’Hangest l’ont quitté: le premier caporal Toussaint Bennezon s'est fait réformer, les fusiliers Claude Delaplace, Dominique Demal, Jean-Baptiste Fournet et Jean-François Morel ont déserté pour s’engager dans le 17e Bataillon des Fédérés. A Béthune meurent aussi les premiers volontaires : le capitaine Pillon et le fusilier Jean-Baptiste Lajeunesse.

   En mars 1793, le bataillon est entré en Normandie. Il défile dans Caen, traverse la Calvados, atteint Cherbourg. Les Anglais ne sont pas loin, et la rébellion contre-révolutionnaire fait rage dans la Manche. Tout le monde ignore encore que la pacification de l’Ouest durera trois longues années.

   Au printemps et à l’été 1793, les volontaires républicains sont cantonnés dans la Manche, aux environs de Saint-Vaast-La-Hougue, Valognes et Carentan, où ils se font régulièrement attaquer par les « brigands », paysans normands fidèles au roi. La Convention engage plus de cent mille hommes dans l’Ouest. Le bataillon perd encore un officier : l’adjudant-major Nicolas Redez est mort près de Cherbourg.

   Le 3 septembre 1793, la 7e compagnie, dite « Compagnie Benoist », du 6e Bataillon de la Somme, se trouve en garnison au Fort de la Liberté, près de Cherbourg. La colonne est ensuite envoyée plus au sud afin de défendre les environs de Granville.

   Le 12 novembre 1793, quarante mille vendéens et chouans de l’Armée catholique et royale, sous les ordres du jeune prince Henri de La Rochejaquelein et du général Stofflet, tentent de s’emparer de Granville afin d’ouvrir un port aux Anglais. Devant la supériorité numérique des royalistes, les républicains s’enferment dans la citadelle. Les partisans de Louis XVII prennent Avranches et la situation semble désespérée. Jean-Baptiste Lecarpentier, représentant de la République, a de bonnes raisons de ne pas tomber aux mains des brigands : Montagnard, il a voté la mort de Louis XVI au début de l’année. Il envoie le 6e Bataillon de la Somme, les Chasseurs d’Evreux, des pelotons de hussards et les Canonniers des Tuileries reprendre Avranches. Peine perdue, en route ils croisent les survivants de la garnison et tous rebroussent chemin. Bientôt, les voilà assiégés dans Granville.

   La garnison républicaine de Granville compte 5 535 hommes ; seuls 3 183 d'entre eux sont armés. Outre les troupes citées plus haut, on trouve des volontaires de la Côte d’Or, trois bataillons des volontaires de la Manche, les canonniers des sections parisiennes du Contrat Social et du Bonnet Rouge et surtout l’ancien régiment d'Aunis, rebaptisé 31e de ligne, qui a fait ses preuves à Mayence. A part ce régiment fiable - ses hommes ne viennent-ils pas d'arrêter tous leurs officiers soupçonnés d’être gangrenés d'aristocratie ? - les volontaires sont mal commandés et indisciplinés. Quant aux canonniers, peu connaissent le maniement de leurs pièces.

   Fort de leur nombre, les quarante mille Vendéens donnent l’assaut aux cris de « vive Louis XVII ». Un tambour du 31e répond en jouant le « Ah, ça ira ! ». La bataille fait rage autour des remparts de la ville : royalistes et républicains se battent au corps à corps. Lors d’une charge particulièrement vigoureuse, les Vendéens s’emparent du faubourg Saint-Nicolas, à l’extérieur des fortifications. Du haut des murailles, l’artillerie ravage les rangs des assiégeants. Dissimulé dans une maison de la rue aux Juifs, à Saint-Nicolas, le chouan Bézier, dit Moustache, tire sur les canonniers. Dix-neuf tombent parmi lesquels un volontaire de la Somme, Jean-Charles Aubert. Le canonnier François Revel, volontaire natif d’Hangest, se fait arracher l’index de la main droite par un biscaïen.

   La prise de Saint-Nicolas gêne considérablement les Bleus dans leur défense. L’adjudant-général Vachot, du 31e de ligne, fait charger les Chasseurs d’Evreux contre Stofflet et ses hommes. A l’aide de poix enflammée, les Républicains incendient granges, charrues et masures du faubourg, et devant un tel tourbillon de feu, les Chouans battent en retraite, tandis que l’incendie menace de gagner la ville assiégée. Lâchant leurs armes, soldats et citadins font la chaîne avec des seaux d’eau que leur passent les Granvilloises.

   La force étant sans effet, les chefs de l’Armée catholique tentent de parlementer. Un maréchal-ferrant du voisinage porte un message au conseil municipal. La Rochejaquelein promet la vie sauve aux Républicains : s’ils se soumettent, ils seront traités ainsi que de bons et loyaux sujets du roi. Transmis aux assiégés, l’ultimatum exalte les révolutionnaires. Les volontaires de 1792, tels des héros antiques, refusent la honte de la reddition et répondent au prince poitevin aux cris de « vivre libres ou mourir, vive la Nation ! ». De part et d'autre, des salves de mousqueterie réduisent les forces. Soudain, des milliers de Bretons et de Vendéens montent à l’assaut en hurlant, mais les Républicains résistent vaillamment. Surpris par tant de courage, les Royalistes reculent. Dans leurs rangs, quelqu’un clame : « sauve qui peut, nous sommes trahis ! », et c’est la débandade : ils fuient. Si les cadavres de deux cents Bleus gisent sur le lieu de la bataille, ce sont dix fois plus de royalistes qui jonchent les fossés de la citadelle et les alentours du port.

   Dès lors, tout est possible. Le 12 décembre 1793, en pleine déroute, retardée par les blessés, les femmes et les enfants, l’Armée catholique et royale tente de regagner la Vendée. Rattrapée, elle est massacrée par les troupes républicaines des généraux Tilly et Westermann au Mans.

Westermann s’adresse à la Convention :

« Il n’y a plus de Vendée ! Elle est morte sous nos sabres libres, avec ses femmes et ses enfants... J’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles-là, n'enfanteront pas de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher ; les routes sont semées de cadavres. Nous ne faisons pas de prisonniers, la pitié n'est pas révolutionnaire ».

 

   Le 23 décembre 1793, les survivants de l’armée royaliste sont exterminés à Savenay. L'insurrection est terminée. Le lendemain, le 6e Bataillon de la Somme entrent victorieusement dans Nantes. Les généraux Kléber, Marceau, Westermann et Tilly sont acclamés par la population. En deux mois, quatre-vingt mille brigands seraient passés de vie à trépas.

   Commence l’année 1794. Toujours intégré à l’Armée des Côtes de Brest, le 6e Bataillon de la Somme retourne aux environs de Fougères, en Ille-et-Vilaine, où il était brièvement passé en 1793. La Compagnie Benoist est cantonnée à Combourg, dans le château des Chateaubriand. De nombreux volontaires décèdent de maladie dans les hôpitaux militaires d’Ernée, Dol, Vitré et Rennes.

   En mai 1794, ils quittent la Bretagne pour sécuriser le Maine. La 7e Compagnie est désormais cantonnée à Ernée (Mayenne) et à Candé (Maine-et-Loire). Deux semaines après, le 7 juin 1794, une troupe de Chouans menée par Sarazin, massacre 32 Républicains à Raillé (Loire-Atlantique). Parmi les victimes, on relève les noms de quatre gendarmes, un marchand, un officier municipal, un taillandier et deux tailleurs.

   Le 10 juin, sous les ordres du général Vachot, le 6e Bataillon de la Somme pourchasse les Chouans. Ce jour-là, 22 prairial an II selon le nouveau calendrier, ils vont tomber dans une embuscade à Bonnoeuvre (Loire-Atlantique).

   Le lendemain, Vachot a rédigé un rapport :

« Je n’ai pas pu débusquer les scélérats du village de Bonnoeuvre où ils s’étaient retranchés. Ils étaient mille ou mille deux-cents. Cette affaire, reprise à deux fois par une colonne, a duré d’abord deux heures, puis trois heures, la fusillade a été opiniâtre ».

   Les combats ont eu lieu dans l’escarpement entre le bourg de Bonnoeuvre et le Bois des Renardières. Des cinq à six cents hommes du bataillon, trente-six sont tombés sur le champ de bataille. Cinq autres sont morts à l’hôpital, deux ont été réformés après de graves blessures. Le lieutenant-colonel Pierre-François Bisson, commandant en chef des volontaires, fait partie des victimes. Pierre Théo, lieutenant-colonel en second natif d’Amiens, prend la tête de l’unité. Finalement, le général Vachot s’est fait limoger et le 6e Bataillon de la Somme a été transféré à Ernée dans le mois qui a suivi.

   La situation des Picards ne s’était guère améliorée : le 1er octobre 1794, le bataillon comptait 273 soldats hospitalisés (25,8 %).

  De janvier à juin 1795, les volontaires ont surveillé les environs de Nantes et de Machecoul, haut-lieu de la rébellion royaliste. Achevée en avril, la guerre a repris en juin lorsque les Emigrés, aristocrates réfugiés en Angleterre, ont débarqué près de Quiberon. Lazare Hoche est promu généralissime des forces républicaines.

   Le 6 juillet 1795, l’armée des Emigrés a été enfermée derrière une double haie de tranchées. Le 16, les Royalistes ont tenté l’assaut, mais ils ont été fauchés par les canons républicains. Le 22, deux mille volontaires nationaux les ont chargés à la baïonnette jusque dans la mer, devant les navires anglais incapables d’appuyer leurs alliés. Les Royalistes qui l’ont pu se sont jetés en masse dans les chaloupes, s’en disputent l’abord avec frénésie, les faisant chavirer.

   La République s’est trouvée maîtresse d'un riche butin : six bâtiments chargés de rhum et d’eau-de-vie, dix mille prisonniers, parmi lesquels sept cent cinquante nobles, prêtres et chouans. Tous ont été fusillés à Auray. Le 6e Bataillon de la Somme déplore un mort lors de la bataille.

   Cinq jours avant « l’affaire de Quiberon », les volontaires de la 5e compagnie du 6e Bataillon de la Somme, commandée par le capitaine Benoît Vincampt, natif de Faverolles (Somme) ont adressé un courrier à la Convention :

« Nous avons fait la guerre de la Vendée, nous avons vaincu, nous la ferons à tous nos ennemis et nous vaincrons. Nous le jurons sur les armes que la Patrie a remise entre nos mains, nous ne souffrirons pas que les côtes de la Manche soient infestées par les ennemis du gouvernement républicain : nous veillerons à la sûreté des propriétés individuelles et nationales, nous défendrons le paisible agriculteur, nous l'aiderons même dans ses travaux, sans négliger le service. Législateurs, de la fermeté, nous vous soutiendrons de toutes nos forces ».

 

   La lettre des volontaires de la Somme sonnait le glas du bataillon. Le 1er vendémiaire an IV (23 septembre 1795), il a été agrégé à l’Armée des Côtes de Cherbourg avant d’être supprimé lors d’une nouvelle organisation des amées de la République. Ainsi, le 18 nivôse an IV (8 janvier 1796), une partie des survivants du bataillon a été versée dans la 68e demi-brigade de ligne, aussitôt envoyée combattre les Autrichiens avec l’Armée du Rhin-et-Moselle, épisode qui conduira les anciens volontaires de la Somme en Rhénanie, en Bavière, en Suisse et en Italie.

 

Le congé de réforme d'Henry-François Revel

blessé au siège de Granville

Ernée, 3 ventôse an 2 de la République française, une et indivisible

6e Bataillon de la Somme

collection privée

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